[Ip-health] Le Monde: L’OMS face à un nouveau conflit d’intérêts

Thiru Balasubramaniam thiru at keionline.org
Sat Jan 22 21:47:15 PST 2011


The following is an article by Agathe Duparc which appeared on page  
four of the Sunday/Monday edition (23 January-24 January 2011) of Le  
Monde with a reference on the cover page.  Below the article are two  
paragraphs providing readers with more background information on the  
World Health Assembly and the Executive Board.  The third paragraph is  
the main quote highlighted in the print version.  What is missing in  
this copy below is a cartoon accompanying the piece which shows a  
bespectacled man with a body of an octopus holding two syringes in a  
field of dollar signs.


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Le Monde

Dimanche 23 - Lundi 24 janvier 2011
4 Planète

L’OMS face à un nouveau conflit d’intérêts
La nomination du directeur de la recherche de Novartis dans un de ses  
comités d’experts fait scandale

Genève
Correspondance

L’Organisation mondiale de la  santé (OMS) est-elle capable d’éviter  
les conflits d’intérêts  et de prendre ses distances avec les lobbies  
pharmaceutiques ? Les tra-  vaux du conseil exécutif qui se sont tenus  
du lundi 17 au vendredi 21 jan-  vier à Genève avaient valeur de test  
pour ceux qui critiquent le fonctionnement de l’agence onusienne.

Or, dès lundi 17 janvier, une nouvelle polémique éclatait après  
l’annonce de la nomination du Suisse Paul Herrling, directeur de la  
recherche chez Novartis, au sein d’un groupe consultatif de vingt et  
un experts (CEWG) chargé d’élaborer des propositions pour stimuler la  
recherche et le développement pour les maladies négligées, ces  
pathologies des pays pauvres – comme la leishmaniose et la maladie du  
sommeil – qui intéressent peu les laboratoires pharmaceutiques, faute  
de débouchés commerciaux.

La composition de ce CEWG était très attendue. En 2010, les travaux  
d’un premier groupe d’experts sur cette question avaient fait  
scandale. Des documents publiés sur WikiLeaks avaient permis de  
prouver que la Fédération internationale des fabricants de médicaments  
(IFP-MA) avait obtenu en primeur le projet de rapport des experts,  
alors confidentiel, et avait pu faire passer son point de vue. Au  
grand dam des pays du Sud – Amérique latine en tête –, dont aucune des  
propositions suggérant de remettre en cause le système de propriété  
intellectuelle tel qu’il est défendu par les grands laboratoires  
n’avait été retenue dans le rapport final des experts. Les  
propositions innovantes pour éviter que les coûts de la  recherche ne  
se répercutent sur le prix des médicaments avaient été passées à la  
trappe. Alors que la position des industriels de la pharmacie, qui  
estiment que, pour financer la recherche très coûteuse de nouvelles  
molécules, il convient de maintenir un système de brevet empêchant  
durant vingt ans leur copie, était confortée.

Prise au cœur de cette vive controverse, la 63 Assemblée mondiale de l  
a santé optait, en mai 2010, pour la création d’un nouveau groupe  
d’experts, désigné par les Etats membres de l’OMS.

Lundi, dès l’ouverture des débats, la présence de Paul Herrling,  
grande figure de Novartis, était dénoncée par le Brésil et la  
Thaïlande. Sur un ton très émotionnel, Margaret Chan, directrice de  
l’OMS, a repoussé les critiques sur un éventuel conflit d’intérêts,  
expliquant que l’agence onusienne fai- sait « souvent appel à des gens  
de l’industrie » pour obtenir un avis consultatif, et que le  
professeur suisse était un expert reconnu et brillant.

Mais Mme Chan oubliait de mentionner que le professeur Herrling était  
l’auteur d’une des trois propositions retenues par le groupe d’experts  
précédent, estampillée comme étant le projet de l’IFPMA. Il s’agit de  
la création d’un Fonds mondial pour la recherche et le développement  
sur les maladies négligées (Frind), doté de 6 à 10 milliards de  
dollars sur dix ans, et alimenté par des financements étatiques et  
philanthropiques (comme la Bill & Melinda Gates Foundation). Ce Fonds  
pourrait financer les partenariats pour le développement de produits  
(PDP), et les entreprises pharmaceutiques.

« Il n’est pas possible d’avoir unconflit d’intérêts plus criant »,  
estime James Love, de Knowledge Ecology International (KEI), une ONG  
américaine. « Nous avons du respect pour le professeur Herrling, qui a  
beaucoup travaillé sur les maladies négligées. Mais il ne peut pas  
être à la fois l’auteur d’une proposition, celui qui doit l’évaluer et  
celui qui pourrait en bénéficier à travers Novartis », explique-t-il.  
Jeudi 20 janvier, KEI et huit autres ONG ont adressé un courrier au  
président du conseil exécutif de l’OMS, pour s’opposer à cette  
nomination qui pourrait « saper la réputation et le travail du nouveau  
groupe consultatif d’experts », écrivent-ils. En vain.

Vendredi matin, le comité exécutif a finalement décidé d’entériner la  
liste des vingt et un experts. Non sans que certaines pressions aient  
été exercées sur les pays récalcitrants. Selon James Love, les Etats- 
Unis et l’Europe ont menacé, si Paul Herrling était écarté, d’obtenir  
le retrait de l’expert argentin, Carlos Correa, l’un des principaux  
alliés des pays du Sud.

Patrick Durisch, de l’ONG helvétique Déclaration de Berne, se dit «  
choqué de voir que l’OMS n’a pas retenu la leçon après toutes les  
critiques adressées l’année dernière, en particulier sur sa gestion de  
la pandémie de grippe ». Il dit espérer que le nouveau groupe  
d’experts, qui rendra ses travaux dans un an, puisse réintroduire des  
propositions alternatives. Comme un système de « prix à l’innovation »  
qui récompenserait des produits réellement innovants, ou les « patent  
pools » (« communautés de brevets »), qui permettent une gestion  
collective des droits de propriété intellectuel- le, afin de faire  
baisser le prix des médicaments.


Agathe Duparc


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Un conseil très influent L’Assemblée mondiale de la santé Il s’agit de  
l’organe décisionnel de l’OMS. Elle arrête la politique de  
l’organisation en se fondant principalement sur les recommandations du  
conseil exécutif.

Le conseil exécutif Composé de 34 personnalités nommées pour trois ans  
et compétentes en matière de santé, il nomme des comités d’experts  
chargés d’élaborer des rapports pour éclairer ses recommandations.

« Paul Herrling ne peut pas être à la fois l’auteur d’une proposition,  
celui qui doit l’évaluer et celui qui pourrait en bénéficier à travers  
Novartis » James Love ONG américaine KEI

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Thiru Balasubramaniam
Geneva Representative
Knowledge Ecology International (KEI)
thiru at keionline.org


Tel: +41 22 791 6727
Mobile: +41 76 508 0997








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