[Ip-health] Le Monde : Inégalités face à l'hépatite C

Pauline Londeix pauline.londeix at gmail.com
Wed Mar 19 03:29:52 PDT 2014


LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 17.03.2014 à 16h05 * Mis à jour le
18.03.2014 à 13h43 |Paul Benkimoun

Inégalités face à l'hépatite C

http://www.lemonde.fr/acces-restreint/sciences/article/2014/03/17/6d686a9a686d70c59468656767986a_4384588_1650684.html

<< Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous >>, disait un slogan
de la SNCF. Dans l'univers du médicament, nous sommes loin du compte.
Surtout dans le cas de traitements innovants. Ceux contre l'hépatite
C, dits << traitements courts >>, dont les spécialistes estiment qu'ils
pourraient guérirdéfinitivement 90 % des malades, en fournissent,
hélas, un exemple. Uneétude inédite, réalisée pour Médecins du monde,
montre même que les initiatives prises par des industriels auraient
des effets indésirables.

L'hépatite C touche quelque 185 millions de personnes dans le monde,
dont 150 millions présenteraient une forme devenue chronique, selon
l'Organisation mondiale de la santé, c'est-à-dire persistant pendant
plus de six mois. Les hépatites C chroniques peuvent évoluer vers la
cirrhose ou lecancer du foie. Si l'infection par le virus de
l'hépatite C (VHC) est présente sur tous les continents, 72 % des
personnes touchées vivent dans des pays à revenus intermédiaires, et
13 % dans des pays à revenus faibles.

TRAITEMENT DE DOUZE SEMAINES

Actuellement, le traitement de référence associe l'injection
d'interféron << pégylé >> (agent renforçant la réponse immunitaire,
modifié pour persister plus longtemps dans l'organisme) et la prise
orale d'un antiviral, la ribavirine. Pris pendant vingt-quatre
semaines, il donne de bons résultats dans 50 % à 70 % des cas, mais
induit des effets secondaires divers : fatigue, troubles de l'humeur,
anémies et baisse du nombre des globules blancs, dérèglements
thyroïdiens...

Les nouvelles molécules, qu'on appelle << antirétroviraux d'action
directe >> (AAD), permettent d'obtenir une efficacité supérieure,
allant de 90 % à 100 %, selon le professeur Daniel Dhumeaux (hôpital
Henri-Mondor, Créteil), qui prépare un rapport sur la lutte contre les
hépatites pour le ministère de la santé. De plus, elles ne nécessitent
qu'une durée de traitement de douze semaines et sont mieux tolérées
que l'association interféron pégylé-ribavirine.

A la fin de l'année 2013, l'un de ces AAD, le sofosbuvir (fabriqué par
l'américain Gilead sous le nom de Sovaldi), a été autorisé en Europe
et aux Etats-Unis, et celui de Janssen, le simeprevir, a reçu son
autorisation de mise sur le marché américain. Une vingtaine de
molécules sont en cours de développement. << Je n'ai jamais vu ça, même
avec le VIH : certaines molécules qui étaient utilisées sont devenues
obsolètes à peine dix-huit mois après leur mise sur le marché >>,
s'étonne le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence
nationale de recherche sur le sida et les hépatites.

1 000 DOLLARS (718 EUROS) LE COMPRIMÉ

Le problème est que ces médicaments sont vendus à des prix très
élevés. Le coût de production du sofosbuvir est estimé entre 68 et 136
dollars (49 à 98 euros) pour un traitement individuel sur douze
semaines. Aux Etats-Unis, ce médicament coûte 1 000 dollars (718
euros) le comprimé, soit un coût totalsur douze semaines de 80 000 à
90 000 dollars. En France, le coût d'un traitement complet avoisine
les 55 000 euros. Même les prix différenciés, proposant un tarif plus
bas dans les pays à revenus intermédiaires, ne les rendent pas plus
abordables.

Engagé, notamment en Géorgie, dans des programmes de réduction des
risques chez des usagers de drogues injectables dont beaucoup sont
infectés par le VHC, Médecins du monde a demandé à la consultante
Pauline Londeix, cofondatrice d'Act Up-Bâle, de réaliser une étude sur
l'accès à ces nouvelles molécules qui changent la donne. << Nous avons
croisé les données épidémiologiques et les actions menées par les
laboratoires pharmaceutiques. Nous montrons que cela ne fonctionne pas,
explique Pauline Londeix.

La consultante a calculé que traiter 55 % des quelque 232 000 patients
atteints d'une hépatite C chronique en France équivaudrait au budget
2014 de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. En Egypte, où 14 % de
lapopulation est infectée par le VHC, le traitement par le sofosbuvir
coûte 2 000 dollars. Pour les seules personnes à un stade avancé de la
maladie ayant un besoin rapide de traitement, le gouvernement égyptien
devrait consacrer sept fois le montant du budget total de la santé,
selon l'étude.

<< UN TRÈS GROS MARCHÉ POUR L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE >>

Lors de la première réunion du Conseil consultatif communautaire
mondial sur le VHC, qui s'est tenue du 22 au 25 février à Bangkok
(Thaïlande), le laboratoire Gilead a donné des précisions sur le
programme incluant la possibilité de licences volontaires sur le
sofosbuvir qui concerne une soixantaine de pays. Comme l'explique un
porte-parole de Gilead, le laboratoire << cherche à établir un
partenariat avec trois ou quatre producteurs indiens de génériques
capables de fabriquer et de vendre le sofosbuvir >> aux pays inclus
dans le programme. Cela signifie que ces génériqueurs ne pourront
fournir du sofosbuvir à des pays non inclus.

L'étude réalisée pour Médecins du monde souligne que, sur ces soixante
pays, onze sont de petites îles peu peuplées et surtout que sont
exclus la totalité de l'Europe orientale et de l'Asie centrale, la
plupart des pays d'Asie de l'Est et du Sud (y compris la Chine),
l'Amérique latine, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient (dont
l'Egypte) et nombre de pays d'Afrique de l'Ouest, ainsi que l'Afrique
du Sud, le Botswana, la Namibie, l'Angola ou la République
démocratique du Congo. << Le Maroc avait lancé, il y a plus d'un an,
une campagne nationale de dépistage. Elle a été interrompue, du fait
du nombre élevé de personnes séropositives pour le VHC découvert. Le
pays ne pouvait pas assumer les coûts de traitement >>, souligne
Pauline Londeix.

Le traitement de l'hépatite C constitue << un très gros marché pour
l'industrie pharmaceutique, avec une ambiance beaucoup plus
commerciale que pour le VIH, s'agissant de traitements sur des durées
courtes, avec moins de pression du monde associatif >>, remarque le
professeur Delfraissy, qui estime néanmoins que << les choses vont
bouger >>. Pour Pauline Londeix, les prix différenciés et les licences
volontaires ne suffisant pas à assurer l'accès aux nouveaux
traitements contre l'hépatite C, il est nécessaire de faire jouer les
flexibilités prévues dans les accords de l'Organisation mondiale du
commerce et la concurrence, qui ont fait considérablement baisser les
coûts des traitements contre le VIH.




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