[Ip-health] RTS: Les marges spectaculaires des pharmas sur le cancer en Suisse

Thiru Balasubramaniam thiru at keionline.org
Mon Feb 18 03:04:02 PST 2019


https://www.rts.ch/play/tv/mise-au-point/video/les-medicaments-contre-le-cancer-mine-dor-des-pharmas?id=10226082

https://www.rts.ch/info/economie/10221246-les-marges-spectaculaires-des-pharmas-sur-le-cancer-en-suisse.html

Economie Modifié à 06:12

Les marges spectaculaires des pharmas sur le cancer en Suisse

Le juteux marche des medicaments contre le cancer L'actu en vidéo / 3 min.
/ hier à 23:37
Les médicaments contre le cancer ont coûté en 2018 près d'un milliard de
francs aux assurés suisses. Des traitements sont facturés plus de 80 fois
leurs coûts de fabrication, révèle dimanche la RTS dans Mise au Point.

Le cancer, c'est le marché de l'avenir pour la pharma. Chaque année en
Suisse, 40'000 personnes apprennent qu'elles ont un cancer. Conséquence,
les pharmas se battent pour lancer de nouveaux traitements. Les sommes en
jeu sont considérables.

En cinq ans, les remboursements LAMal pour les anti-cancéreux ont bondi de
54%, passant de 603 à 931 millions de francs par an, selon des chiffres
inédits obtenus par la RTS auprès de l'association faîtière des assureurs
maladie Curafutura. L'oncologie est le domaine qui pèse le plus au niveau
des remboursements de médicaments, dont le total atteint 6,8 milliards de
francs.

Les remboursements pour un seul anti-cancéreux ont dépassé 74 millions de
francs. Parmi les 15 traitements qui pèsent le plus sur l'assurance de
base, quatre anti-cancéreux sont commercialisés par le groupe bâlois Roche,
l'un des leaders mondiaux du marché.

Prix déconnectés des coûts

Si la facture finale est si élevée, c'est parce que le coût annuel des
traitements par patient dépasse en général plusieurs milliers de francs. Il
excède même fréquemment la centaine de milliers de francs. Or, ces prix
sont totalement déconnectés des coûts de production, comme le montre notre
enquête.

Examinons l'Herceptin, le traitement phare de Roche contre le cancer du
sein. Disponible depuis 20 ans, ce blockbuster a rapporté au géant suisse
82,8 milliards de francs à l'échelle mondiale. En Suisse, les
remboursements LAMal pour ce médicament, parmi les plus élevés, ont
totalisé 257 millions de francs entre 2014 et 2018, d'après les données de
Curafutura.

>> L'enquête de Mise au point:

Mise au Point - Publié hier à 20:12

Quelle partie de cette somme sert à fabriquer et développer le médicament?
Quelle partie constitue les profits de l'entreprise?

85% de marges

Très secrètes, les pharmas ne dévoilent pas ces chiffres. Sur la base
d'études scientifiques, de rapports d'analystes financiers et d'experts, la
RTS a estimé les marges réalisées sur cet anti-cancéreux (voir la
méthodologie en encadré).

Selon des spécialistes en biotechnologies, un flacon d'Herceptin sous sa
forme la plus répandue coûterait environ 50 francs à produire. En 2018, il
était vendu 2095 francs en Suisse, soit 42 fois son coût de fabrication.

Même en prenant en compte les coûts de recherche et de distribution, la
marge sur un flacon d'Herceptin atteint au moins 85% du prix public, en
dépit d'une baisse du prix en 2018. Autrement dit, sur les 257 millions
payés entre 2014 et 2018 par les assurés suisses, au moins 221 millions ont
atterri dans les caisses de Roche.

L'Herceptin n'est pas une exception. Pour le Mabthera, l'un des autres
anti-cancéreux à succès de Roche, les gains en 2018 se sont élevés à au
moins 81% du prix public.

Prix basés sur "les bénéfices à la société"

Interrogé sur ces marges, Roche refuse de les commenter. Une porte-parole
répond toutefois que "les prix des traitements ne sont pas basés sur les
investissements pour un traitement en particulier". Elle précise que les
prix des médicaments "sont basés sur les bénéfices qu'ils procurent aux
patients et à la société dans son ensemble".

Comment ces "bénéfices aux patients et à la société" sont-ils mesurés?
Soulignant que l'Herceptin a permis de traiter en vingt ans plus de deux
millions de personnes à travers le monde, Roche met en avant des études qui
mesurent le prix d'un médicament en fonction des années de vie
supplémentaires et de la qualité de vie qu'il procure. En d'autres termes,
plus un traitement est efficace, plus son tarif est élevé, même s'il coûte
peu à produire.

"Les pharmas doivent gagner quelque chose mais c'est ridicule d'avoir des
gains pareils, il n'y aurait jamais cela dans un marché concurrentiel",
dénonce le professeur Thomas Cerny, président de la recherche suisse contre
le cancer. Pour lui, ces prix basés sur la monétisation des années de vie
posent problème et amènent à des comparaisons aberrantes: "Est-ce qu'un
anti-cancéreux a plus de valeur qu'un téléphone qui profite à l'ensemble de
la population et qui peut aussi sauver des vies?"

Le Glivec, vendu 86 fois son coût de fabrication

Autre cas édifiant, le Glivec de Novartis. Vendue il y a 10 ans 3940
francs, la boîte de 30 pilules au dosage le plus utilisé coûte aujourd'hui
environ 2600 francs. Pourtant, selon le pharmacologue du CHUV, Thierry
Buclin, le Glivec n'est pas plus cher à produire qu'un anti-inflammatoire
standard, rarement vendu plus de 50 francs.

Selon une étude de l'université de Liverpool, une boîte de Glivec coûterait
au maximum 30 francs à fabriquer. C'est 86 fois moins que les 2592 francs
facturés par Novartis. En prenant en compte les coûts de recherche et la
part de la distribution, le gain de Novartis sur une boîte vendue 2592
s'établit entre 2181 et 2251 francs. Soit une marge de près de 85%.

"Financer la prochaine génération de traitements"

Novartis refuse également de commenter ces chiffres. L'autre géant bâlois
indique que "ses investissements dans la recherche sur Glivec ont été
maintenus au cours des 15 dernières années" et que "les ventes ont
également permis de financer la prochaine génération de traitements
innovants, notamment des essais cliniques portant sur de nouvelles
molécules expérimentales". La firme ne communique pas dans le détail les
montants réinvestis dans la recherche sur le Glivec, mais rappelle ses
dépenses annuelles de 9 milliards de dollars en recherche et développement.

Cet argumentaire de la pharma est contesté par l'Organisation mondiale de
la santé (OMS). Selon elle, "les prix élevés des médicaments contre le
cancer ont généré des gains largement supérieurs aux possibles coûts de
recherche". Dans un rapport publié en janvier, l'organisation constate que
pour chaque dollar investi dans la recherche contre le cancer, les
entreprises pharmaceutique ont obtenu en moyenne des revenus de 14,5
dollars. L'organisation conclut qu'"une diminution des prix est
indispensable pour l'accès aux médicaments, la pérennité financière des
systèmes de santé et l'innovation future".

Des prix fixés à l'aveugle

En Suisse, les tarifs des médicaments sont négociés et validés à l'Office
fédéral de la santé publique (OFSP). Comment le gendarme du système
justifie-t-il ces prix? "Si on se base sur le coût de recherche et
développement, le prix de l'Herceptin n'est pas justifié", reconnaît un
porte-parole de l'OFSP. "En revanche, si on s'appuie sur notre base légale,
ce prix correspond à nos critères d'économicité", assure-t-il.

L'OFSP se base sur deux critères: les prix pratiqués dans 9 pays européens
et la comparaison thérapeutique, c'est-à-dire les prix d'autres médicaments
utilisés dans le traitement de la maladie.

Pour l'Herceptin, le Mabthera et le Glivec, comme il n'existe pas de
substance équivalente, seule la comparaison internationale est prise en
compte. Pourtant, l'OFSP admet ne pas connaître les prix réels à
l'étranger. "La plupart des Etats ne paient pas le prix qu'ils affichent.
C'est comme l'achat d'un produit de grande consommation. Tout le monde
bénéficie d'un rabais, tout le monde rentre à la maison avec le sentiment
d'avoir obtenu le meilleur prix, mais au final personne n'est vraiment
sûr", image son porte-parole.

On ne va pas pouvoir continuer comme ça. On n'y arrivera pas au niveau
financier, même en Suisse

Solange Peters, cheffe du service d'oncologie médicale au CHUV

Derrière ces réponses alambiquées se cache l'impuissance de l'OFSP. D'une
part, les pharmas utilisent ces prix élevés pour fixer leurs tarifs à
l'étranger. "La Suisse a avantage à ce que les médicaments sur le marché
intérieur soient relativement chers pour justifier des prix élevés à
l'étranger qui vont rapporter à l'industrie suisse", explique le
pharmacologue du CHUV, Thierry Buclin.

D'autre part, l'industrie tient le couteau par le manche à l'heure de
déterminer les tarifs. L'émission Rundschau de SRF a récemment révélé
comment Roche a fait valider le prix d'un autre anti-cancéreux, le Perjeta,
à 3450 francs, alors que l'OFSP voulait le fixer à 1850 francs. La clé de
cette négociation: la menace de voir un médicament vital demeurer
inaccessible en Suisse.

Solange Peters, la cheffe du service d'oncologie médicale au CHUV, demande
plus de transparence afin d'obtenir des prix plus raisonnables. "On ne va
pas pouvoir continuer comme ça. On n'y arrivera pas au niveau financier,
même en Suisse", explique-t-elle. A terme, le risque est de ne plus pouvoir
payer certains médicaments. Si le système ne change pas, "on va soit vers
une médecine à deux vitesses, soit on va exclure du panel de traitements
certains médicaments pour tous."

Tybalt Félix et Valentin Tombez. Collaboration François Ruchti

-- 
Thiru Balasubramaniam
Geneva Representative
Knowledge Ecology International
41 22 791 6727
thiru at keionline.org


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