[Ip-health] Op-Ed, Libération : "Prix des médicaments : exigeons la transparence"

Pauline Londeix pauline.londeix at gmail.com
Wed May 29 11:19:15 PDT 2019


Op-Ed co-signed by : Françoise Barré-Sinoussi prix Nobel de
physiologie et de médecine 2008, Marc-Antoine Bartoli président d’Act
Up-Paris, Aurélien Beaucamp président de l’association AIDES,
Alain-Michel Ceretti président de France Assos Santé, Dr. Philippe de
Botton président de Médecins du Monde France, Axelle Ebodecomité de
coordination UAEM Europe, Gaëlle Krikorian directrice des politiques,
campagne d’accès aux médicaments essentiels à Médecins Sans
Frontières, Pauline Londeix Act Up-Basel, présidente, Suisse/France,
Bruno Rivalan directeur exécutif adjoint, action santé mondiale,
Florence Thune directrice générale de Sidaction.

https://www.liberation.fr/debats/2019/05/21/prix-des-medicaments-exigeons-la-transparence_1728333

Prix des médicaments : exigeons la transparence

Face à l’escalade incontrôlable des prix due à un système opaque, un
collectif d'associations appelle le gouvernement français à s'engager
en faveur de la résolution «transparence» présentée à l'Assemblée
générale de la santé de l'OMS du 20 au 28 mai à Genève.

Tribune. Les médicaments, les plus innovants soient-ils, ne sont
efficaces que s’ils sont accessibles. Pourtant, y compris dans les
pays les plus riches, le prix des nouveaux médicaments contre des
pathologies graves devient une barrière à leur accès. Il est de plus
en plus fréquent de voir des médicaments arriver sur les marchés avec
des prix atteignant plusieurs dizaines voire centaines de milliers
d’euros par patient·e, comme c’est le cas des derniers traitements
anticancéreux. Ces prix menacent l’accès aux soins pour tou·te·s et
mettent la pérennité des systèmes de santé solidaires en danger.

Rationnement

Au Royaume-Uni, au-delà de 30 000 livres (environ 34 000 euros) par
année de vie gagnée, les traitements ne sont pas pris en charge par le
système de santé. En France, un rationnement inédit a été organisé sur
les traitements contre l’hépatite C entre 2014 et 2017, parce que
notre système de santé ne pouvait pas rembourser toutes les personnes
qui en avaient besoin. En France encore, des traitements contre
différents cancers font l’objet de barrières administratives à la
prescription, en raison de leurs prix. En France toujours, l’accès à
certains traitements est retardé parce que les industriels du
médicament exigent de l’Etat des prix insoutenables pour les finances
publiques. Plus généralement, le budget dédié à l’achat de médicaments
pèse sur les finances publiques, au détriment d’autres postes de
dépenses, comme l’investissement dans les infrastructures et les
ressources humaines en santé.

Opacité

L’escalade des prix est incontrôlable du fait de l’absence de
transparence des chaînes de développement, fabrication et
commercialisation des médicaments. Aujourd’hui, il est impossible de
savoir où a été fabriqué un médicament, à quel coût, combien d’argent
public a été investi dans la recherche et le développement, ou combien
l’assurance maladie le paye réellement. Alors que les médicaments
doivent être considérés comme des biens publics, essentiels à la
survie et à la bonne santé des populations, sur le marché
pharmaceutique, l’opacité reste pourtant la norme.

Des négociations à huis clos sont supposées ménager des marges de
négociations aux Etats. Dans les faits, ces derniers négocient les uns
contre les autres, les yeux bandés, quand les entreprises du
médicament sont les seules à disposer d’une vision globale. L’absence
de transparence empêche tout contrôle démocratique. A la fin, ce sont
les citoyen·ne·s, les personnes malades, qui en payent les
conséquences.

Résolution

A l’inverse, les vertus de la transparence ne sont plus à démontrer.
Connaître les montants réels investis en recherche et développement
(R&D), notamment les ressources publiques via de nombreux mécanismes
(financement direct, recherche publique, crédit d’impôts, partenariat
public-privé, etc.), ainsi que les coûts engagés par l’industrie dans
les activités de recherche est nécessaire à une négociation équitable.

En France, la société civile et des institutions à l’image du Conseil
économique, social et environnemental (CESE) demandent également plus
de transparence et la fin de la confiscation de la politique du
médicament par quelques personnes publiques et privées, dont les
décisions affectent l’ensemble de notre système de santé. A l’échelle
internationale aussi, des institutions comme l’Organisation mondiale
de la santé (OMS) et l’Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) émettent des critiques par rapport à un marché
excessivement opaque et proposent plus de transparence à tous les
niveaux.

Le sujet sera au cœur d’une résolution présentée à l’Assemblée
générale de la santé de l’OMS à Genève du 20 au 28 mai. Actuellement
cosignée par neuf pays européens, africains, asiatiques et
sud-américains, cette résolution – si elle est adoptée par les Etats
membres de l’OMS – marquerait une avancée majeure sur le plan éthique
et démocratique. Son adoption pourrait avoir un impact décisif sur
l’accès aux produits de santé pour tou·te·s, dans des systèmes de
santé pérennes. Une lettre ouverte signée par plus de 100
organisations non gouvernementales et expert·e·s en santé présent·e·s
sur tous les continents appelle d’ailleurs les Etats à la soutenir.

Le gouvernement français a annoncé dimanche après-midi un soutien à la
résolution par la voix de Stéphanie Seydoux, ambassadrice pour la
santé mondiale. Nous saluons cette déclaration. Madame la ministre
Buzyn, monsieur le ministre Le Drian, monsieur le Premier ministre
Philippe, monsieur le Président Macron, nous vous appelons à engager
la France sans réserve ni ambiguïté en faveur de cette résolution et à
faire valoir le rôle de régulateur de l’Etat. La diplomatie française
doit défendre l’intérêt général, l’accès à la santé pour tou·te·s
plutôt que les profits de certain·e·s, et donc soutenir publiquement
et sans réserve ce principe démocratique essentiel qu’est la
transparence dans le domaine de la santé.

Liste des signataires : Françoise Barré-Sinoussi prix Nobel de
physiologie et de médecine 2008, Marc-Antoine Bartoli président d’Act
Up-Paris, Aurélien Beaucamp président de l’association AIDES,
Alain-Michel Ceretti président de France Assos Santé, Dr. Philippe de
Botton président de Médecins du Monde France, Axelle Ebodecomité de
coordination UAEM Europe, Gaëlle Krikorian directrice des politiques,
campagne d’accès aux médicaments essentiels à Médecins Sans
Frontières, Pauline Londeix Act Up-Basel, présidente, Suisse/France,
Bruno Rivalan directeur exécutif adjoint, action santé mondiale,
Florence Thune directrice générale de Sidaction.



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