[Ip-health] Le Monde piece on WHO negotiations on an R&D convention

Thirukumaran Balasubramaniam thiru at keionline.org
Thu May 24 06:20:37 PDT 2012



Une taxe pour s'attaquer aux maladies "négligées"

LE MONDE | 24.05.2012 à 13h01 • Mis à jour le 24.05.2012 à 13h01

Par Agathe Duparc (Genève, Suisse, correspondance)


La 65e Assemblée mondiale de la santé, qui s'est ouverte lundi 21 mai à Genève, a inscrit à son agenda une question qui risque d'occuper encore plusieurs années les 194 Etats membres de l'agence onusienne : la possibilité, après une décennie de discussions, de mettre sur les rails une convention internationale qui stimulerait la recherche et le développement (R&D) sur les maladies qui sévissent dans les pays pauvres.

Début avril, constatant l'"incapacité" du système existant de R&D à produire de nouveaux médicaments, vaccins ou instruments de diagnostic répondant aux besoins de santé des pays en développement, un groupe consultatif d'experts mandaté en 2010 par l'OMS avait placé en tête de ses recommandations l'adoption d'un tel instrument contraignant.

Il suggérait que chaque pays consacre au moins 0,01 % de son PIB à cet effet, et qu'un fonds commun, géré par l'OMS, soit créé afin de fixer des priorités. Ce qui permettrait de faire passer les financements de la recherche sur les pathologies des pays pauvres de 3 à 6 milliards de dollars, et de cibler en particulier les maladies tropicales dites "négligées" (comme la maladie de Chagas, la leishmaniose viscérale et la maladie du sommeil, etc.) qui touchent 1,4 milliard de personnes, mais sont délaissées par les laboratoires pharmaceutiques faute de débouchés commerciaux.

Le président du groupe d'experts, le professeur norvégien John-Arne Rottingen, a invité les Etats membre de l'OMS à se décider rapidement, estimant que le "train était en marche" pour un nouveau modèle d'innovation qui ne répercuterait plus les coûts de la recherche sur le prix des médicaments. Mercredi 23 mai, à l'ouverture de la session plénière consacrée à cette question, on percevait déjà l'étendue du chemin à parcourir.

Car si tous les Etats s'accordent pour dire que le système actuel de R&D - basé sur la loi du marché, le système des brevets et la défense de la propriété intellectuelle - a dramatiquement laissé de côté des milliards d'individus, l'idée d'un cadre global contraignant, surtout en période de restrictions budgétaires, divise.

UNE OPPORTUNITÉ HISTORIQUE

Quatre résolutions sont déjà sur la table. Celle préparée par le Kenya invite les Etats à s'engager maintenant dans le processus qui conduirait à l'adoption d'une convention. Prenant la parole en séance plénière, le groupe africain s'est montré plus réservé sur la question d'un financement contraignant, faisant valoir qu'il ne revenait pas aux seuls ministères de la santé de s'engager.

L'Union des Nations sud-américaines (Unasur), qui se prononce pour un instrument contraignant, demande qu'un groupe intergouvernemental soit créé pour en discuter.

La Suisse, qui abrite une puissante industrie pharmaceutique, estime que le processus doit être repoussé d'un an pour permettre des consultations de fond sur "la faisabilité des recommandations contenues dans le rapport, en particulier sur un instrument global".

Les Etats-Unis, le Japon, le Canada, l'Australie et Monaco demandent, eux aussi, une étude de faisabilité, sans même mentionner le projet de convention. Les Américains n'ont pas manqué de rappeler qu'ils dépensaient déjà 0,01 % de leur PIB pour financer la recherche sur les maladies négligées.

Mercredi soir, un groupe de travail devait se réunir avec la mission de produire une résolution commune qui pourrait être soumise au vote avant le 26 mai, date de clôture des travaux de l'Assemblée mondiale de la santé.

En attendant, de nombreux acteurs de santé publique et d'organisations non gouvernementales se démènent pour que les Etats membres ne laissent pas passer l'"opportunité historique" qui se présente et qu'un processus s'enclenche.

Bernard Pécoul, directeur de Drugs for Neglected Diseases Initiative (DNDi), une fondation à but non lucratif qui, en neuf ans d'existence, a développé six nouveaux traitements pour les maladies négligées en faisant appel à des donateurs privés et publics, explique "qu'un cadre global est nécessaire pour pérenniser des initiatives qui ont fleuri ici et là", mais qui sont "des succès isolés". Il estime que pour des pays comme l'Inde ou le Brésil, cette convention pourrait représenter un "enjeu majeur", leur permettant à la fois de soigner leurs populations et d'investir dans la recherche, un potentiel qu'ils ont déjà.

Confronté chaque jour sur le terrain aux "lacunes de l'innovation médicale", Médecins sans frontières (MSF) invite les Etats membres à "agir maintenant". L'ONG rappelle qu'entre 1975 et 2004, seulement 18 des 1556 nouveaux médicaments développés étaient destinées aux traitements des maladies tropicales, dont huit contre le paludisme.
Agathe Duparc (Genève, Suisse, correspondance)


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Thiru Balasubramaniam
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